Une petite silhouette bleue, un moteur dans le dos et une furieuse envie de faire tourner les têtes autant que les chronos. L’Alpine A110 n’a pas bâti sa légende à coups de cylindrée démesurée. Sa recette tient dans une carrosserie légère, des dimensions ramassées et un tempérament taillé pour les routes qui tournent. En 1973, la berlinette porte Alpine au premier titre mondial des constructeurs en rallye.
Mais son histoire ne se résume ni à une coupe ni à une couleur. Elle raconte l’ambition de Jean Rédélé, la débrouillardise d’un petit constructeur de Dieppe et une certaine idée de la sportive française. Des premières berlinettes à la renaissance de l’A110 en 2017, retour sur une voiture qui a fait de la légèreté une affaire très sérieuse.

Histoire Alpine A110 : les racines d’un mythe né à Dieppe
Championne du monde des rallyes en 1973, l’Alpine A110 a marqué l’histoire par son agilité radicale et son poids plume de moins de 800 kg. Pourtant, maintenir un tel niveau de performance sans sacrifier la fiabilité mécanique reste un défi de taille pour de nombreux propriétaires de sportives classiques. La moindre erreur de réglage peut transformer un plaisir de conduite en une source d’inquiétude constante.
Née du génie de Jean Rédélé à Dieppe, l’Alpine A110 s’impose comme une icône dès 1962. Son architecture à moteur arrière et sa carrosserie en fibre de verre ont forgé un palmarès mondial historique. Cette aventure repose sur une quête obsessionnelle de performance pure, amorcée bien avant l’apparition de la célèbre Berlinette.
De l’A106 à l’A108 : l’ascension de Jean Rédélé
C’est l’histoire d’un coupé léger français, champion du monde en 1973. Ce modèle incarne l’agilité absolue. Jean Rédélé a transformé une vision artisanale en un succès planétaire durable. Il débute avec des 4CV modifiées, cherchant la performance par la réduction drastique du poids.
La transition vers la Berlinette s’opère naturellement. Le design s’affine pour optimiser l’équilibre. L’utilisation de la résine révolutionne la production, permettant une silhouette basse et une légèreté inédite. La marque s’installe à Dieppe, où le mythe prend véritablement racine.
- 1955 : Lancement de l’A106, première Alpine officielle.
- 1957 : Introduction de l’A108, évolution vers la Dauphine.
- 1962 : Lancement officiel de l’A110 au Salon de Paris.
1962, l’année où tout a basculé au Salon de Paris
Le Salon de Paris 1962 marque un tournant avec le dévoilement de l’A110. Le public découvre une ligne radicale, début d’une fascination durable. La mécanique provient de la Renault 8, offrant une base robuste et fiable pour les préparateurs en usage intensif.

La silhouette basse séduit par sa compacité extrême. Cette allure suggère une vitesse que les chiffres ne révèlent pas encore. Les commandes affluent, propulsant Alpine dans une nouvelle dimension. Le succès valide l’audace de Rédélé : la légende est en marche.

Pourquoi la légèreté reste le secret de sa vivacité
Au-delà de son esthétique, c’est sous sa robe en fibre que se cache la véritable recette du plaisir pur.
Le châssis-poutre et la carrosserie en fibre de verre
Le châssis-poutre central constitue la colonne vertébrale. Cette structure tubulaire assure une rigidité exceptionnelle. Elle permet de loger les organes mécaniques avec une efficacité redoutable. C’est le secret de la précision directionnelle que vous ressentez au volant.
La carrosserie en fibre de verre réduit drastiquement la masse. Chaque gramme économisé améliore directement le rapport poids-puissance. Le comportement dynamique devient alors vif, presque nerveux, pour votre plus grand plaisir.
L’usage des composites était visionnaire pour les années soixante. Cela permettait des formes complexes impossibles avec l’acier. Alpine a ainsi pris une avance technique considérable sur ses concurrents directs.
La légèreté préserve également les pneumatiques et les freins. L’endurance en compétition découle directement de cette conception intelligente.
Vous devez comprendre que cette agilité définit l’ADN Alpine. Sans ce poids plume, la Berlinette ne serait qu’une voiture ordinaire. Elle devient ici un outil de précision chirurgicale.

Le moteur en porte-à-faux arrière : un équilibre de funambule
Le moteur est placé derrière l’essieu arrière. Cette architecture déplace le centre de gravité. La répartition des masses devient très spécifique, typique des grandes sportives de cette époque héroïque.
Ce choix technique favorise grandement la motricité en sortie de virage. Le poids du bloc plaque les roues au sol. Vous pouvez ainsi réaccélérer plus tôt que les autres. C’est un avantage décisif sur les routes sinueuses ou enneigées.
Le pilotage demande cependant une certaine finesse. L’inertie du train arrière peut surprendre le novice. Mais pour un conducteur averti, c’est une source de sensations absolument inimitables.
La voiture pivote autour de son axe avec une facilité déconcertante. Le placement en entrée de courbe devient un jeu d’enfant.
| Caractéristique technique | Impact sur la conduite | Avantage principal |
|---|---|---|
| Châssis-poutre | Rigidité structurelle accrue | Précision directionnelle |
| Carrosserie fibre | Masse globale réduite | Rapport poids-puissance |
| Moteur arrière | Adhérence du train moteur | Motricité en sortie |
| Poids total | Inertie minimale | Agilité déconcertante |

1973 ou l’année où la France a conquis le rallye mondial
Cette maîtrise technique allait bientôt trouver son terrain d’expression favori : la compétition internationale au plus haut niveau.
Titre constructeur inaugural
Sur les 13 épreuves du calendrier
Podium 100% Alpine au Monte-Carlo
Le sacre historique au premier championnat du monde WRC
L’Alpine A110 a littéralement écrasé la concurrence lors de cette saison inaugurale. Avec six victoires éclatantes, elle a surclassé des géants comme Porsche ou Ford. Cette suprématie technique a transformé la berlinette en une icône intemporelle du sport automobile.
Ce titre mondial offre à la France une reconnaissance internationale. L’industrie nationale démontre son savoir-faire technologique. Le prestige de la marque Alpine atteint alors son apogée historique.
Vous pouvez revivre le 40ème anniversaire du triplé historique de 1973 pour comprendre l’ampleur du choc émotionnel de l’époque.
Les succès au Portugal, au Maroc et en Grèce confirment cette domination. Rien ne semble pouvoir arrêter la marche triomphale des hommes de Dieppe.
Le monde entier découvre alors le fameux Bleu Alpine. Cette couleur devient le symbole de la victoire à la française.

Les Mousquetaires et l’exploit du Rallye Monte-Carlo
Andruet, Nicolas, Darniche et Thérier formaient un quatuor redoutable. Leurs styles de pilotage respectifs ont permis d’exploiter chaque millimètre du châssis. Ils ont hissé la France au sommet de la hiérarchie mondiale.
Le triplé au Monte-Carlo reste leur chef-d’œuvre absolu. Jean-Claude Andruet et sa copilote « Biche » ont mené cette armada vers une gloire éternelle.
Lors du Monte-Carlo historique, on se souvient encore de la précision chirurgicale d’Andruet et Biche sur la neige.
La polyvalence de la voiture stupéfie les experts techniques. Elle gagne sur l’asphalte sec comme sur la terre battue. Cette capacité d’adaptation forge son statut de légende indestructible.
- Le triplé au Monte-Carlo
- La victoire au Rallye Sanremo
- Le succès au Tour de Corse
Chaque spéciale devient une démonstration de talent pur. Les Mousquetaires entrent définitivement dans la légende.

Quel est l’impact du design Michelotti sur sa silhouette ?
Si ses prouesses sportives ont fait sa renommée, son allure intemporelle doit beaucoup au trait de crayon d’un maître italien.
L’élégance fonctionnelle signée Giovanni Michelotti
Giovanni Michelotti a su épurer les lignes des modèles précédents. Il a créé une silhouette d’une fluidité remarquable. Le design n’est pas seulement beau, il est aussi terriblement efficace.
Berlinette : terme désignant un petit coupé sportif à deux portes, bas et profilé, doté généralement d’un moteur arrière ou central, popularisé par Alpine.
L’aérodynamisme de la Berlinette a été soigneusement étudié pour l’époque. Sa face avant plongeante et ses galbes caractéristiques minimisent la traînée. Vous remarquerez comment chaque courbe semble guider le flux d’air. C’est un mariage parfait entre l’art et la science.
Cette esthétique est devenue un véritable symbole national français. Elle incarne une certaine idée de la sportivité élégante et sans artifice. L’A110 est immédiatement reconnaissable parmi mille autres voitures.
Les quatre phares avant sont devenus sa signature visuelle majeure. Ils confèrent à la voiture un regard à la fois agressif et attachant.
- Lignes fluides et basses
- Optiques doubles iconiques
- Capot arrière fuselé
Le design Michelotti traverse les décennies sans prendre une ride. C’est la marque des grands chefs-d’œuvre.

Des versions 1600S aux modèles SX : la course à la puissance
La gamme a connu de nombreuses évolutions au fil des ans. La 1600S reste sans doute la version la plus emblématique pour les puristes. Elle offre un équilibre parfait entre puissance et poids.
Les modèles SC et SX ont apporté plus de confort et de souplesse. Les motorisations sont devenues plus civilisées pour un usage quotidien. Cependant, la rareté de ces versions fait grimper leur valeur sur le marché. Posséder une 1600S est aujourd’hui un privilège coûteux.
La fin de carrière a été marquée par une concurrence féroce. L’arrivée de la Lancia Stratos a changé la donne en rallye. Alpine devait alors se renouveler pour rester au sommet.
La production s’arrête finalement en 1977 après quinze ans de succès. Elle laisse derrière elle un vide immense dans le cœur des passionnés.
Les collectionneurs s’arrachent les derniers exemplaires produits à Dieppe. Chaque modèle raconte une page différente de cette aventure humaine.
La cote actuelle reflète l’importance historique de ces machines de course. C’est un investissement passionnel autant que financier.

2017 : la berlinette revient, sans prendre la grosse tête
Faire renaître l’A110, c’était s’attaquer à un monument. Présentée au Salon de Genève en mars 2017, la nouvelle Alpine retrouve les quatre projecteurs, le capot nervuré et la silhouette ramassée de son aînée.
Mais derrière les clins d’œil, tout change : la structure fait largement appel à l’aluminium et le moteur s’installe devant l’essieu arrière, en position centrale, plutôt qu’en porte-à-faux comme sur la berlinette historique.
Au lancement, son quatre-cylindres 1,8 litre turbo développe 252 ch, associés à une boîte à double embrayage à sept rapports. Avec environ 1 100 kg à déplacer, cette puissance suffit à lui donner du répondant.
Alpine reprend ainsi son idée fondatrice : contenir le poids pour privilégier l’agilité, plutôt que multiplier les chevaux pour compenser les kilos.

A bord, le changement d’époque saute aux yeux. Compteurs numériques, écran central et palettes au volant remplacent l’ambiance dépouillée des années rallye.
La position de conduite basse et la console centrale suspendue entretiennent pourtant une relation très directe avec la voiture.
Cette A110 offre davantage de confort et de facilité au quotidien, tout en conservant une priorité familière : donner envie de choisir la route qui tourne.

Les chevaux libérés
L’Alpine A110 a gagné des rallyes, des titres et une place à part dans le cœur des passionnés. Mais sa plus belle victoire reste d’avoir fait durer une idée simple : une sportive n’a pas besoin d’être un monstre pour donner de grandes sensations. De la berlinette historique à sa descendante moderne, le plaisir tient autant aux kilos économisés qu’aux chevaux libérés.
Bleue ou non, ancienne ou moderne, l’A110 donne surtout envie de prolonger le trajet. Les trophées sont très bien dans une vitrine. Une Alpine, elle, mérite encore quelques virages.

Foire aux questions : histoire Alpine A110
Comment l’Alpine A110 est-elle devenue une véritable icône automobile ?
L’ascension de ce petit coupé vers le statut de légende ne doit rien au hasard. Née de l’esprit visionnaire de Jean Rédélé en 1962, la Berlinette a su transformer des éléments mécaniques de grande série, issus de chez Renault, en une machine de guerre redoutable. C’est son palmarès sportif exceptionnel, couronné par le titre de championne du monde des rallyes en 1973, qui a définitivement ancré son nom dans l’histoire.
Au-delà des chronos, c’est son allure unique et ses sensations de conduite pures qui ont captivé les passionnés. Vous devez comprendre que cette voiture incarne une certaine idée de la sportivité à la française : l’agilité et l’intelligence de conception plutôt que la puissance brute. C’est ce mélange de succès en compétition et de design intemporel qui en fait aujourd’hui une pièce de collection inestimable.
Qui est le designer derrière la silhouette si particulière de la Berlinette ?
C’est au maître italien Giovanni Michelotti que l’on doit le coup de crayon magistral de l’Alpine A110. Il a su épurer les lignes des modèles précédents pour créer une carrosserie d’une fluidité remarquable, à la fois basse et profilée. Ce design n’était pas seulement esthétique, il était avant tout fonctionnel, optimisant la pénétration dans l’air pour compenser la puissance parfois modeste des premiers moteurs.
Vous reconnaîtrez immédiatement sa signature visuelle grâce à ses quatre phares avant emblématiques et son capot arrière fuselé. L’utilisation de la fibre de verre pour la carrosserie a permis de réaliser ces formes galbées impossibles à obtenir avec de l’acier à l’époque. Ce design a si bien traversé les époques qu’il a servi de base directe pour le style néo-rétro de la version lancée en 2017.
Quelles sont les victoires les plus marquantes de l’A110 en compétition ?
Le moment de gloire absolue reste sans conteste l’année 1973, où l’Alpine A110 a surclassé des géants comme Porsche ou Ford pour remporter le tout premier Championnat du Monde des Rallyes (WRC). Cette saison-là, la Berlinette a remporté 9 des 13 épreuves du calendrier, une domination qui laisse encore rêveur aujourd’hui. Le triplé historique réalisé au Rallye Monte-Carlo en 1971 et 1973 demeure également gravé dans les mémoires des amateurs de sport auto.
Ces exploits ont été rendus possibles par le talent de pilotes d’exception, surnommés les « Mousquetaires » : Andruet, Darniche, Nicolas et Thérier. Que ce soit sur la neige du sud de la France ou sur la terre battue des rallyes internationaux, l’agilité déconcertante de la voiture faisait merveille. Elle a prouvé au monde entier qu’une structure légère et équilibrée pouvait humilier des montures bien plus puissantes.
Pourquoi avoir choisi l’aluminium pour la nouvelle Alpine A110 de 2017 ?
Pour faire renaître le mythe sans le trahir, les ingénieurs ont dû faire la chasse au moindre gramme superflu. L’aluminium s’est imposé comme le choix technique idéal pour le châssis et la carrosserie, car l’acier aurait rendu la voiture beaucoup trop lourde pour respecter l’ADN Alpine. Ce matériau offre un compromis parfait entre légèreté et rigidité, permettant de maintenir le poids total sous la barre symbolique des 1100 kilos.
Vous retrouverez ainsi au volant de cette version moderne la vivacité et la précision directionnelle qui faisaient le sel de la Berlinette originale. En conservant cette philosophie du poids plume, Alpine évite la course à la puissance inutile et préserve un plaisir de conduite authentique. C’est cette fidélité aux principes de Jean Rédélé, alliée à une fabrication artisanale à Dieppe, qui explique le succès fulgurant de ce retour.
