Pourquoi la Citroën DS nous tape toujours dans l’œil

24 juillet 2026

Au Salon de l’Auto 1955, la Citroën DS enregistra 12 000 commandes dès le premier jour. Un démarrage pareil ferait tourner la tête à bien des constructeurs actuels ! Pourtant, le plus étonnant reste ailleurs : soixante-dix ans après son lancement, la DS continue d’arrêter les regards. Il suffit d’en croiser une pour que les voitures garées autour paraissent soudain bien ordinaires.

J’ai toujours trouvé fascinant qu’une voiture aussi ancienne conserve une telle présence. Sa ligne semble venir du futur, sa suspension hydraulique continue d’intriguer et son histoire accompagne celle de la France. Pour comprendre pourquoi la Citroën DS fascine encore autant, j’aimerais revenir avec vous sur cette silhouette impossible à confondre, ses innovations géniales, ou capricieuses, et tout ce qui transforma une voiture audacieuse en véritable légende.

Pourquoi la Citroën DS reste une icône du design ?

La Citroën DS a bouleversé l’automobile dès 1955, imposant sa silhouette aérodynamique, sa suspension hydropneumatique et ses freins à disques comme standards d’une modernité esthétique radicale.

Les plus jeunes de nos lecteurs se demandent sans doute comment un engin de soixante-dix ans peut encore faire tourner les têtes. En fait, la réponse tient en deux mots : audace pure. Cette auto n’a pas seulement transporté des ministres, elle a redéfini notre vision du futur.

Bertoni et la sculpture roulante

Flaminio Bertoni, sculpteur de formation, a façonné cette carrosserie comme une œuvre d’art organique. Son approche rejette les formes cubiques rigides de l’époque. Il privilégie la fluidité absolue des lignes.

Le Salon de 1955 a subi un véritable choc visuel. L’absence de calandre chromée massive marque une rupture esthétique totale. Ce design a permis d’enregistrer 12 000 commandes le jour de sa présentation.

La DS n’est plus une simple voiture. Elle s’impose comme un objet d’art pur.

Citroën DS classique aux lignes aérodynamiques et futuristes

L’aérodynamisme au service de la ligne

André Lefebvre a dirigé les recherches sur la pénétration dans l’air. Il a imposé une forme en goutte d’eau. L’objectif était de réduire la traînée pour optimiser la performance globale.

Le capot et le pare-brise fusionnent sans transition visible. Les gouttières apparentes disparaissent totalement. Le profil fuselé semble fendre le vent avec une aisance déconcertante, même à l’arrêt.

Le design sert ici la physique. C’est une efficacité visuelle immédiate.

Un habitacle pensé pour le futur

L’ergonomie du tableau de bord était totalement révolutionnaire. L’usage du plastique moulé permet des formes inédites. La planche de bord semble flotter littéralement devant les passagers ébahis.

Le célèbre volant monobranche reste une signature unique. Il joue un rôle crucial pour la sécurité lors d’un choc frontal. C’est un élément visuel sans équivalent dans l’histoire automobile mondiale.

L’espace intérieur est généreux et baigné de lumière. Les montants de toit très fins offrent une visibilité panoramique exceptionnelle.

Le secret de la suspension hydropneumatique

Si la ligne de la DS fascine l’œil, c’est son cœur technique qui a définitivement assis sa légende sur le bitume.

Mécanisme de la sphère de suspension hydropneumatique Citroën DS

Le fonctionnement de la sphère de suspension

Le système repose sur une sphère métallique bicolore. À l’intérieur, l’azote sous pression rencontre l’huile hydraulique. Le gaz se comprime pour agir comme un ressort très flexible.

L’auto conserve une assiette constante en permanence. Elle reste parfaitement horizontale, peu importe votre chargement. Ce réglage automatique dépend directement de la qualité des fluides hydrauliques utilisés.

Le dispositif centralisé pilote l’ensemble. Il gère la suspension ainsi que les autres organes vitaux du véhicule.

L’impact sur la tenue de route réelle

La DS affiche un comportement impérial sur les bitumes dégradés. Elle survole littéralement les nids-de-poule. Vos roues épousent chaque relief avec une précision chirurgicale.

La stabilité en virage s’avère tout simplement incroyable. Le roulis reste maîtrisé malgré la grande souplesse. Son centre de gravité bas renforce cette agilité naturelle.

La motricité reste exemplaire sur chaussée mouillée. La répartition des masses garantit une adhérence totale du train avant.

Un confort de roulement inégalé

Oubliez la rudesse des ressorts en acier classiques. Vous profitez d’une sensation de tapis volant unique. Les passagers se retrouvent totalement isolés des chocs secs.

Le système filtre absolument toutes les vibrations parasites. Le silence règne, même à haute vitesse. Voyager en DS devient alors une véritable séance de relaxation.

Les célèbres sièges en mousse Dunlopillo parachèvent l’ensemble. Le confort devient une référence mondiale absolue pour l’époque.

Une architecture hydraulique unique au monde

Ce confort royal ne serait rien sans une maîtrise totale des commandes, rendue possible par un réseau hydraulique omniprésent.

La direction assistée et le freinage haute pression

Le fameux champignon de freinage au sol surprend. Il remplace la pédale traditionnelle pour une réponse instantanée. Le dosage demande pourtant une certaine habitude au début.

La direction assistée totalement intégrée constitue une première française. La légèreté du volant facilite vos manœuvres urbaines complexes. Le système haute pression assure alors une puissance constante.

La technologie simplifie l’effort. Vous gardez le contrôle sans fatigue.

Citroën DS avec ses phares carénés et sa ligne aérodynamique futuriste

L’invention des phares tournants directionnels

L’innovation des phares pivotants apparaît en 1967. Le mécanisme est couplé directement à la direction. Les projecteurs intérieurs éclairent alors l’intérieur du virage.

Le gain est immense pour votre visibilité nocturne. Fini les zones d’ombre dans les courbes serrées. C’est une avancée majeure pour la sécurité routière.

  • Éclairage anticipé de la trajectoire
  • Réduction du stress en conduite nocturne
  • Design intégré sous un carénage profilé

Le regard de la DS devient vivant. Elle semble scruter la route.

La boîte de vitesses assistée sans pédale d’embrayage

La boîte de vitesses hydraulique (BVH) élimine la pédale d’embrayage. Cette absence simplifie grandement votre conduite. Le sélecteur situé derrière le volant gère les rapports.

Une fluidité de passage remarquable caractérise ce système. Le dispositif automatise le débrayage avec douceur. C’est, en fait, l’ancêtre des boîtes robotisées modernes.

La conduite devient plus sereine en ville. Vous vous concentrez uniquement sur votre trajectoire.

La voiture des présidents et du grand écran

Au-delà de ses prouesses techniques, la DS est entrée dans l’histoire par la grande porte, celle de l’Élysée et des studios de cinéma.

Citroën DS présidentielle noire élégante et futuriste

Le miracle de l’attentat du Petit-Clamart

Le 22 août 1962 reste une date clé. La DS présidentielle essuie des tirs nourris lors d’une embuscade. Les pneus sont pourtant déchiquetés par les balles du commando.

La suspension sauve le Général de Gaulle. Elle permet de rouler à vive allure sur trois roues. La stabilité du véhicule reste imperturbable malgré l’urgence de survivre à l’attentat du Petit-Clamart.

Cet événement forge le mythe. La DS devient le symbole de la résilience française.

Une star de cinéma de Fantômas à aujourd’hui

La DS volante dans Fantômas marque les esprits. Une image gravée dans la culture populaire. Elle incarne le futurisme et l’évasion technologique.

Ses apparitions dans le cinéma mondial sont nombreuses. De Jean-Pierre Melville à Steven Spielberg. Elle symbolise souvent l’élégance ou le mystère européen.

Elle reste une icône publicitaire puissante. Son design ne vieillit pas sur la pellicule.

L’analyse de Roland Barthes sur l’objet DS

Le philosophe Roland Barthes publie ses Mythologies en 1957. Il compare la DS à une cathédrale moderne. L’objet dépasse sa simple fonction utilitaire.

La fascination pour les surfaces lisses est évidente. L’absence de jointures visibles séduit l’intellectuel par son pouvoir de fascination des lignes.

Elle devient un pur objet de consommation spirituelle. C’est l’avènement de l’automobile comme œuvre d’art.

Comprendre la gamme entre modèles ID et DS

Pour s’offrir ce morceau d’histoire, il fallait naviguer dans une gamme qui cachait parfois des simplifications techniques inattendues.

Les différences fondamentales avec la version ID

La naissance de l’ID en 1957 marque un tournant. C’est une version simplifiée pour élargir la clientèle. La mécanique devient moins complexe et plus accessible.

L’absence de direction assistée surprend au début. Le freinage utilise une pédale classique au lieu du champignon. C’est une voiture plus conventionnelle sous une robe identique. Utiliser la version ID demande donc plus d’efforts physiques.

Le prix baisse significativement. La DS reste le haut de gamme absolu.

La montée en gamme vers la finition Pallas

La finition Pallas lancée en 1964 incarne le luxe. C’est le summum du raffinement à la française. L’insonorisation est largement renforcée pour plus de calme.

Les détails font toute la différence. On y trouve des cuirs épais et des chromes supplémentaires. Des projecteurs additionnels à l’avant signent visuellement le modèle.

Elle devient la voiture des notables. Le prestige est ici à son apogée.

L’évolution des moteurs de 1955 à 1975

Le moteur initial est hérité de la Traction. C’est un bloc robuste mais techniquement en retrait. La puissance grimpe lentement au fil des années.

L’arrivée de l’injection électronique Bosch change la donne. La DS 23 devient une véritable routière performante. Les gains en souplesse sont réels. Attention, le coup de coeur ne doit pas vous aveugler impunément !

Comprendre la gamme entre modèles ID et DS

Vingt ans de carrière moteur. La fiabilité s’est améliorée constamment.

Entretenir et faire rouler ce monument historique

Posséder une telle icône aujourd’hui demande une vigilance particulière, notamment sur les fluides qui parcourent ses veines.

Le passage critique du liquide LHS au LHM

Le liquide synthétique rouge, nommé LHS, équipait les premiers modèles. Très corrosif, il absorbait l’humidité ambiante. Les fuites devenaient alors fréquentes, causant des dégâts importants sur les composants.

L’arrivée du liquide minéral vert, le LHM, a tout changé. Cette innovation a fiabilisé le circuit hydraulique durablement. Vérifiez bien que vos joints en caoutchouc acceptent ce liquide LHM spécifique.

Entretenir et faire rouler ce monument historique

Ne mélangez jamais ces fluides. Une telle erreur détruirait immédiatement vos organes hydrauliques. Soyez donc extrêmement vigilants lors de vos appoints.

La rareté des modèles carrossés par Chapron

Henri Chapron reste le maître des carrosseries d’exception. Ses versions cabriolets dites « Usine » sont aujourd’hui traquées par les passionnés. Chaque exemplaire constitue quasiment une pièce unique au monde.

Les prix en collection ont littéralement explosé ces dernières années. Certains modèles franchissent la barre des 150 000 euros, s’affirmant comme une valeur sûre pour les collectionneurs avertis.

Modèle Caractéristique Rareté Estimation
DS 19 1955 Première série, 1911 cm³ Historique 10 000 € – 25 000 €
DS 21 Pallas Finition luxe, 2175 cm³ Recherchée 25 000 € – 40 000 €
Cabriolet Chapron Réalisation artisanale Exceptionnelle + 150 000 €
DS 23 IE Injection, 2347 cm³ Performante 30 000 € – 45 000 €

Véritable sculpture organique, la DS domine l’histoire grâce à sa suspension hydropneumatique et ses phares directionnels révolutionnaires. Ne tardez plus à redécouvrir ce monument pour comprendre pourquoi Citroën DS fascine tant les collectionneurs aujourd’hui. Offrez-vous ce voyage dans le futur d’hier, car cette icône ne cessera jamais de survoler la route.

Foire aux questions : pourquoi la Citroën DS fascine encore

Pourquoi la silhouette de la Citroën DS est-elle considérée comme une œuvre d’art ?

C’est tout simplement parce qu’elle a été façonnée par un véritable sculpteur, Flaminio Bertoni. Contrairement aux voitures cubiques de l’époque, la DS adopte une approche organique avec des lignes fluides et une forme en goutte d’eau inspirée de la nature. C’est cette rupture esthétique radicale, sans calandre massive et tout en courbes, qui lui donne cet aspect de « sculpture roulante » capable de fendre l’air avec une élégance inédite.

Le philosophe Roland Barthes l’a même comparée aux grandes cathédrales gothiques, soulignant que l’objet dépassait sa fonction de simple véhicule pour devenir une création d’époque. Pour vous, c’est l’assurance de rouler dans un monument du design qui ne vieillit pas, où chaque détail, comme le toit monobloc ou les montants fins, a été pensé pour l’harmonie visuelle.

Qu’est-ce qui rend la suspension de la DS si exceptionnelle pour le confort ?

Le secret réside dans l’invention de Paul Magès : la suspension hydropneumatique. Au lieu de ressorts en acier classiques qui vous secouent au moindre nid-de-poule, la DS utilise des sphères où interagissent de l’azote sous pression et du liquide hydraulique. Le gaz agit comme un ressort ultra-flexible, vous donnant cette sensation unique de glisser sur un « tapis volant » en isolant totalement l’habitacle des irrégularités de la route.

En plus de ce confort royal, ce système maintient une assiette constante, peu importe le poids que vous transportez. La voiture reste parfaitement horizontale, ce qui garantit une tenue de route impériale et une stabilité en virage que bien des voitures modernes pourraient lui envier. C’est une prouesse technique qui a littéralement redéfini l’art du voyage à la française.

Comment fonctionnent les célèbres phares tournants de la Citroën DS ?

Apparus en 1967, notamment sur la DS21, ces phares directionnels sont une petite révolution pour votre sécurité nocturne. Le mécanisme est relié directement à la direction : lorsque vous tournez le volant, les projecteurs intérieurs pivotent jusqu’à 80 degrés pour éclairer l’intérieur du virage avant même que la voiture ne s’y engage. Cela supprime l’angoisse du « trou noir » et vous permet d’anticiper les obstacles bien plus tôt.

Ce n’est pas tout, car ces phares sont aussi « dynamiques » : ils s’ajustent de haut en bas selon l’assiette du véhicule pour ne jamais éblouir les autres conducteurs, même lors des phases de freinage ou d’accélération. C’est l’alliance parfaite entre un regard vivant, presque humain, et une avancée majeure pour la visibilité sur les routes sinueuses.

Quelle est la différence entre une Citroën DS et une version ID ?

Pour faire simple, l’ID (lancée en 1957) est la petite sœur plus accessible et moins complexe de la DS. Si la robe reste identique, la technologie sous le capot est simplifiée pour réduire les coûts et faciliter l’entretien. Par exemple, l’ID abandonne le fameux « champignon » de freinage pour une pédale classique et se passe souvent de la direction assistée ou de la boîte de vitesses hydraulique sur les premiers modèles.

La DS reste le haut de gamme absolu, conservant l’intégralité de l’assistance hydraulique pour toutes ses commandes. Si vous cherchez le prestige et le luxe ultime, c’est vers la DS qu’il faut vous tourner, tandis que l’ID s’adresse à ceux qui veulent le style iconique avec une mécanique un peu plus conventionnelle et un budget plus serré.

Pourquoi dit-on que la DS a sauvé la vie du Général de Gaulle ?

C’est un fait historique marquant qui s’est déroulé lors de l’attentat du Petit-Clamart en 1962. Malgré des pneus déchiquetés par les balles, la DS présidentielle a réussi à maintenir sa trajectoire et à s’échapper à vive allure. C’est grâce à sa suspension hydropneumatique et à sa stabilité exceptionnelle que le véhicule a pu rester contrôlable sur trois roues, permettant au Général de sortir indemne de cette situation critique.

Cet événement a définitivement ancré la DS dans la légende et a prouvé au monde entier que ses innovations techniques n’étaient pas que du gadget, mais de réels atouts de sécurité. Elle est ainsi devenue bien plus qu’une voiture : le symbole de la résilience et du génie industriel français.

Quelles précautions prendre avec le liquide hydraulique d’une DS ?

C’est un point crucial pour ne pas bousiller votre circuit ! Les premiers modèles utilisaient le liquide synthétique rouge (LHS), qui avait le défaut d’être très corrosif et d’absorber l’humidité, provoquant des fuites à répétition. Par la suite, Citroën a adopté le liquide LHM (minéral vert), beaucoup plus stable et fiable pour les joints et les organes hydrauliques.

Mon conseil est formel : ne mélangez jamais les deux ! Les composants prévus pour le liquide vert ne supportent pas le rouge, et inversement. Un mélange provoquerait une destruction rapide des joints en caoutchouc. Vérifiez toujours la couleur de vos sphères et de votre réservoir avant de faire l’appoint pour éviter une facture de réparation qui vous ferait regretter votre achat.

Ailleurs sur Plein-Gaz

Eric Clamecy